Aude : la Fédération de pêche, vigie de l’avancée de la sécheresse

Ce sont les alertes répétées des pêcheurs sur le devenir de la faune aquatique de certains cours d’eau en amont, qui ont amené la Chambre d’agriculture à agir sans tarder davantage.

A « situation inédite », décision du même ordre. Selon David Fernandez, président de la Fédération de pêche de l’Aude, il s’agirait même d’une « première dans l’Occitanie, voire peut-être en France ». Acheminer l’eau de retenues agricoles inutilisées vers des rivières ou ruisseaux pratiquement à sec : l’initiative de la Chambre d’agriculture n’a pas tardé à trouver un écho favorable auprès des pêcheurs. Il faut dire en effet que ces derniers sont aux premières loges de l’évolution très préoccupante des niveaux d’eau, avec les conséquences qu’une telle situation peut engendrer chez les populations de poissons et de crustacés.

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« Nous avons effectué quinze opérations de sauvetage depuis le début de l’été, au lieu de cinq ou six sur une année normale », précise Thibaut Izard, chargé de mission à la Fédération de pêche. La dernière en date s’est déroulée ce vendredi 26 août sur de nombreux cours d’eau du département, illustration d’une situation critique sur le territoire dans son ensemble. « On ne peut malheureusement pas intervenir partout, poursuit le responsable. Certaines stations de pêche s’exposent à de véritables pénuries de poissons ». Pour éviter d’en arriver là, les pêcheurs ont identifié les ruisseaux et rivières les plus en difficulté, bénéficiaires en priorité des lâchers d’eau permis par le monde agricole.

Retarder au maximum les situations d’assec

« On se situe surtout en amont, sur les têtes de bassin de ces cours d’eau », indique David Fernandez, citant notamment la Blanque, le Lampi, le Loquet, le Sou ou encore la Vernassonne. « L’objectif est clairement d'empêcher l’assec, et avec lui une mortalité totale des espèces ». Si des vérifications de température et de propreté sont assurées (l’eau ne doit pas être trop chaude, ni bien sûr polluée), les responsables confient que « en ce moment, le vrai besoin, c’est l’eau ! » Très diverses dans leur nature, les retenues proposées par la Chambre d’agriculture disposeraient de volumes « entre 20 000 et 100 000 m3« , pour un déstockage de « 5 à 10 litres par seconde »

« Le principe, poursuit Thibaut Izard, c’est que la retenue alimente un cours d’eau en continu pendant une quinzaine de jours. L’objectif est de faire durer le plus possible ce soutien en eau, afin de retarder au maximum les situations d’assec… en espérant pouvoir tenir jusqu’au prochain orage ». La « limite » de ce système dicté par l’urgence réside en effet dans le caractère provisoire de ces apports, impossibles à garantir sur la durée. « On ne peut pas vider complètement une retenue, car on amènerait aussi de la vase, ajoute le chargé de mission. Pour les cours d’eau, le remède serait pire que le mal ». Mais cette coopération précipitée n’en pose pas moins les bases d’un procédé à optimiser pour le futur. « Il faut se pencher sur le sujet partout dans le département, afin d’être réactifs dans les années à venir », insiste le président de la Fédé de pêche. « C’est faire prendre conscience aux gestionnaires de l’eau que toute la ressource n’est pas employée, et développer cette solidarité à l’échelle du bassin-versant », ajoute Thibaut Izard. Une démarche en tout cas bien engagée, encourageante pour la protection de ces milieux aquatiques.

Solidarité spontanée

« 85 % des propriétaires de retenues d’eau que nous avons contactés ont répondu », indique Daniel Casteignau, à la Chambre d’agriculture. « Sur ces 85 %, tous sans exception ont accepté de prendre part à cette initiative. Dans le lot, certains n’avaient plus d’usage agricole, mais d’autres si ! Malgré tout, ils ont accepté qu’une partie de leurs volumes parte au profit de la réalimentation du milieu naturel »

Pour David Fernandez, ces propriétaires ne sont pas insensibles aux effets de la sécheresse sur la faune et la flore. « Tout comme les pêcheurs, ils vivent au quotidien auprès de la ressource en eau et voient la réalité actuelle », estime-t-il. Quoi qu’il en soit, un signal très positif : « ça nous rassure de voir que ces propriétaires de différents secteurs du département vont tous dans le même sens, car cela peut faire tache d’huile pour la suite ».