Bientôt des circuits touristiques sur les traces d’Hannibal dans les Pyrénées-Orientales

Dans l’inconscient collectif, Hannibal est toujours associé à ses éléphants. Dans le département des Pyrénées-Orientales, on a tous appris que ce chef de guerre est passé ici avec ses hommes pour aller combattre les Romains. Deux passionnés de l’histoire des guerres puniques (264 à 146 avant J.C.) préparent des circuits touristiques sur les traces de ce militaire hors pair.

Anthony Goodman ne se déplace jamais sans son petit carnet bourré de notes, de dessins, de croquis et de cartes. « C’est surtout un pense-bête, assure-t-il avec son délicieux accent anglais. J’ai chez moi des centaines d’archives, de livres et de documents dans toutes les langues, même en latin, glanés un peu partout au cours de mes recherches. Tout est en relation avec Hannibal. » Notre homme, géographe de métier, a consacré 50 ans de sa vie à étudier les guerres puniques, celles qui opposaient entre 264 et 146 ans avant Jésus-Christ, les deux civilisations hégémoniques de l’époque, les Romains et les Carthaginois.

Anthony Goodman et Micheline Roux vont créer des circuits touristiques sur les traces d'Hannibal.
Anthony Goodman et Micheline Roux vont créer des circuits touristiques sur les traces d’Hannibal.
Independant – Olivier GOT

Hannibal, le Carthaginois, a été élevé dans la haine de Rome et a décidé en tant que chef de guerre d’attaquer les Romains sur leur propre terrain. « C’était un projet un peu fou, poursuit Micheline Roux, experte touristique du département. Mais en réalité Hannibal avait tout planifié, tout préparé. Les Romains étaient assez sceptiques sur la bonne finalité de son expédition, mais celle-ci a bien eu lieu… » Il est vrai que déplacer une armée de 100 000 hommes, et 37 éléphants, traverser l’Espagne, puis la Gaule pour filer ensuite sur les Alpes, n’était pas une mince affaire.

Première difficulté, franchir les Pyrénées. « Au pied de la chaîne de montagnes, Hannibal a fait le choix de diviser son armée en 3, peut être 4 parties, rappellent encore les spécialistes. D’après les documents de l’époque on peut affirmer que l’armée a passé au nord de la montagne par Pannisars (Le Perthus), mais aussi par Coustouges et le col d’Ares, voire le col de la Carbassera. On pense aussi que tout a été regroupé du côté d’Illiberis (aujourd’hui la ville d’Elne), puis un passage par Ruscino, et ensuite direction Narbonne. » Pour établir toutes ces données, de nombreux ouvrages d’historiens ont été compulsés, croisés. « Avec Micheline Roux, confie encore le géologue d’origine britannique, nous avons parcouru la plupart de ces itinéraires. En combinant recherches récentes, l’utilisation des dernières technologies et bien sûr l’étude approfondie des publications historiques, nous avons imaginé de proposer des circuits touristiques autour de cette aventure militaire hors du commun. »

Les points de passage supposés des troupes d'Hannibal
Les points de passage supposés des troupes d’Hannibal

Circuits haut de gamme en 2023

C’est ainsi que les deux spécialistes ont commencé à mettre au point des circuits historiques et culturels entre La Escala (province de Gérone) et Narbonne. « Nous avons commencé à contacter les offices de tourisme du département, indique Micheline Roux, l’idée semble beaucoup les intéresser. Le projet, qui devrait aboutir l’an prochain, quand ce sera totalement finalisé, est destiné aux amateurs d’histoire, mais aussi à toutes les personnes curieuses et avides de connaître un peu mieux cette époque. » Les circuits en Catalogne nord et sud, devraient être jumelés avec des visites de sites historiques, de musées, mais aussi avec des rencontres de vignerons accompagnées par des dégustations de vin. « Dans le département, confie encore Anthony Goodman, on a beaucoup étudié l’époque médiévale, romane, et finalement peu celle des guerres puniques. Nous pensons pouvoir présenter un argumentaire crédible sur l’ensemble des itinéraires qui n’ont reçu pour l’instant que peu d’attention. Avec ces circuits, que nous voulons haut de gamme et documentés, nous voulons réintéresser le grand public à cette histoire qui fait toujours rêver. Nous pensons que seront les premiers circuits thématiques autour d’Hannibal sur une terre qui l’a vu passer. »

Avec cette fresque, Elne se souvient du passage de l'armée d'Hannibal et de ses éléphants sur son territoire, quand elle s'appelait encore Illiberis.
Avec cette fresque, Elne se souvient du passage de l’armée d’Hannibal et de ses éléphants sur son territoire, quand elle s’appelait encore Illiberis.
Independant – Olivier GOT

Les éléphants, les chars d’assaut de l’époque

Le nom d’Hannibal est à jamais associé aux éléphants. Mais pourquoi donc le chef de guerre, meneur d’hommes, que la légende décrit aussi comme négociateur hors pair et fin stratège a-t-il embarqué dans son périple des éléphants ? Ils étaient 37 précisément d’après Anthony Goodman. « Ce sont, en quelque sorte, les chars d’assaut de l’époque, rappelle le géographe. Ils pouvaient défoncer les premières lignes ennemies. Ils étaient aussi harnachés avec des systèmes de protection, et sur leur dos il avait été placé de grands paniers en osier pouvant contenir des soldats ». Ces soldats, placés ainsi à 3 mètres de hauteur, pouvaient attaquer les ennemis avec plus d’efficacité. Malheureusement ces éléphants ont beaucoup souffert surtout dans les Alpes ou beaucoup moururent.