Cité de Carcassonne : Benjamin Riatley, la plume, l’encre et le Moyen Âge

Le mot “calligraphie” est tiré de deux termes grecs : kállos, grapheîn. Il signifie littéralement « belle écriture ». Écrire beau, c’est la passion et le métier de Benjamin Riatley, installé à la Cité de Carcassonne pour l’été. Nous l’avons rencontré.

De ses dix doigts coule de l’or. De l’or noir, ocre, rosé, pourpre. Installé dans l’ancien office de tourisme de la Cité carcassonnaise, Benjamin Rialtey redonne ses lettres de noblesse à l’écriture. Ce Mazamétain d’origine de 36 ans est calligraphe et enlumineur. Il décore – entre autres – les pages des livres d’histoire à la manière d’antan. Réalisant ainsi des motifs de fleurs, de plantes, d’entrelacs ou plus simplement, une lettrine colorée, pour habiller un texte. 

Le calligraphe à l'oeuvre.
Le calligraphe à l’oeuvre.
L’Indépendant – NATHALIE AMEN VALS

« Dès mes sept ans, je voulais devenir professeur d’histoire. » Gamin, Benjamin tombe dans le chaudron de l’histoire. Celle avec un grand « H ». Il jette d’abord son dévolu sur l’univers des chevaliers, avant de se passionner pour Louis XIV ou encore Napoléon. Au fil des années, le Moyen Âge attirera toute son attention. Pendant ses études au Mirail, pendant que Pierre, Paul et Jacques notent leurs cours au stylo-bille ou sur leurs PC, lui, rédige à la plume Sergent-Major. Et, pour ne pas perdre de temps, utilise les abréviations médiévales. Ça ne s’invente pas ! 

Les débuts ont été assez chaotiques

« À cette période, j’écrivais des poésies. Je voulais une calligraphie qui pourrait correspondre à mes écrits. C’est comme cela que je me suis lancé dans cet art », raconte-t-il sur sa table à dessin, face à ses encriers de toutes les couleurs. Malgré son attrait pour l’histoire, Benjamin change d’avis. Il ne veut plus enseigner mais devenir calligraphe professionnel. C’est son truc à lui, il veut en vivre. Il met alors un terme à ses études « avant la fin » pour se consacrer pleinement à la discipline. « Il n’existe pas de formation. Une chercheuse calligraphe de Lyon m’a comme qui dirait mis le pied à l’étrier. Ma professeure d’histoire médiévale culturelle a aussi été déterminante. Elle m’a beaucoup appris. J’ai commencé en essayant de traduire des recettes d’encres médiévales. Les débuts ont été assez chaotiques. »

Benjamin Riatley travaille dans l'ancien office de tourisme de la Cité jusqu'au 14 août.
Benjamin Riatley travaille dans l’ancien office de tourisme de la Cité jusqu’au 14 août.
L’Indépendant – NATHALIE AMEN VALS

Calligraphie et illustration,
recette gagnante 

Pendant un temps, il s’entraîne et offre ses premières réalisations à ses proches. Avant de se lancer dans le bénévolat et dispenser des ateliers d’initiation auprès des jeunes de quartiers ou en maison de retraite. La suite s’écrit à Saissac, dans la montagne noire quand on le contacte pour rejoindre une petite boutique de créateurs. « Je m’y suis cassé la gueule. J’ai pris une grosse gifle. Mon activité ne marchait que l’été. L’hiver était une catastrophe pour les ventes. J’ai clairement bu la tasse. Mes travaux 100% médiévaux ne séduisaient pas autant que je le souhaitais. » Benjamin change alors sa plume d’épaule et se met à mêler calligraphie et illustration. « Je me suis mis à faire des chats, des chiens, des rapaces, des dragons, des licornes… Beaucoup de végétaux aussi, des plantes médicinales dessinées sur du vrai parchemin […] Ça s’est mis à mieux fonctionner. Les illustrations servent de porte d’entrée au monde médiéval. »

Un peu comme un art martial

Pour développer son art, celui qui puise son inspiration dans ses balades en forêt a dû développer son self-control. « Ce que j’aime dans la calligraphie, c’est la maîtrise de soi que ça demande. Il ne faut ni mettre trop d’encres, ni pas assez. Il faut être dans le juste. Et pour cela, il faut être zen. C’est un peu comme un art martial en fait. Je suis un grand stressé, calligraphier me fait du bien. » 

Benjamin Rialtey vend ses créations jusqu’au 14 août à l’ancien office de tourisme de la Cité. Il travaille également sur commandes. Contacts : 07 82 35 90 90 ;