Fort Libéria, la sentinelle catalane

Il est né du traité des Pyrénées qui partage en deux la Catalogne. Et de la nécessité de défendre Villefranche-de-Conflent, trop exposée en contrebas. Voici un drôle de fort à espaliers, entre ciel et terre.

Au fond de sa vallée encaissée, prise entre deux montagnes pyrénéennes, la cité fondée en 1092 par le comte Guillaume de Cerdagne est aussi stratégique qu’impossible à défendre. Tel est le constat opéré par Vauban, en 1679, vingt ans après que le traité des Pyrénées a donné le nord de la Catalogne à la France. Il s’agit de garantir désormais la sûreté de cette nouvelle possession du royaume, baptisée province du Roussillon.

Pour ce faire, le commissaire général des fortifications imagine notamment de bâtir en surplomb de Villefranche une puissante redoute en restanques, à flanc de montagne. Les terrasses d’artillerie s’y succèdent ainsi sur plusieurs niveaux pour empêcher tout assaillant de bombarder la ville située au confluent de trois vallées.

Pourtant, le premier rôle de la place, baptisée beaucoup plus tard fort Libéria, est celui de… prison. Sont en effet détenues au secret deux protagonistes de l’affaire des poisons, Anne Guesdon, femme de chambre de la marquise de Brinvilliers, et Denise Loyseau, dite la Chapelain, qui mourra dans sa geôle en 1725, après quarante-deux ans de captivité, sans avoir jamais été jugée.

La citadelle perchée comme un isard devra attendre 1793 pour connaître l’épreuve du feu, face aux Espagnols. Les artilleurs révolutionnaires ne parviendront pas à réduire au silence les canons ennemis. Le fort est endommagé. Puis restauré et ses défenses repensées sous Napoléon III. Le souterrain des mille marches relie désormais l’édifice à Villefranche.

L’armée n’en quitte pas moins le site en 1890. Pour y revenir le temps des deux Guerres mondiales. Même si, depuis 1927, l’ancienne redoute Vauban est propriété privée. Ouverte au public soixante ans plus tard, elle est aujourd’hui un des grands atouts touristiques du Conflent. Et un nid d’aigle à la vue… imprenable.