«L’ultra-terrestre» Kilian Jornet pulvérise le record de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc

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Chamonix (France) (AFP) – La star espagnole de l’ultra-trail Kilian Jornet a écrit samedi 27 août une nouvelle page de sa carrière en remportant son quatrième Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), signant au passage un nouveau temps record, sous la barre symbolique des vingt heures. L’Américaine Katie Schide remporte la course chez les femmes. 

Voilà onze ans que le catalan Kilian Jornet, 34 ans, référence mondiale dans l’ultra-trail, n’avait plus gagné la reine des courses à pied en montagne, longue de 171 km et forte de 10 000 mètres de dénivelé positif. L’Espagnol l’a enlevée en 19 heures 49 minutes, alors que le précédent record, établi par son compatriote Pau Capell en 2019, s’établissait à 20 heures 19. En 2018, il avait été contraint à l’abandon suite à une piqûre de guêpe, à laquelle il est allergique.

Un Français sur la deuxième marche du podium

Kilian Jornet avait déjà à son actif deux victoires cette année à Zegama (Espagne) fin mai, puis sur la Hardrock 100 (100 miles, environ 160 kilomètres) sur laquelle il avait battu son grand rival français François d’Haene et signé un record absolu sur l’épreuve. Il n’avait en revanche pas réussi à s’imposer lors de la course réputée de Sierre-Zinal (Suisse) à la mi-août, terminant cinquième. Jornet a devancé de cinq minutes le Français Mathieu Blanchard, sur lequel il a réussi à creuser à l’écart dans les vingt derniers kilomètres, mais qui termine lui aussi en moins de vingt heures (19 heures 54).

« Il me poussait dans les montées, et je le poussais dans les descentes, on a fait l’accordéon comme ça, et c’est ça qui nous a permis de faire ces temps extraordinaires », s’est réjoui le natif du Sud de la France, âgé de 35 ans, qui s’était classé troisième l’an dernier sur l’épreuve.

« Mais pourquoi je fais ça ! »

C’était une « course incroyable », s’est-il félicité à l’arrivée Jornet, évoquant « un jour très spécial ». Jornet n’a laissé aucune chance non plus à son rival américain Jim Walmsley, pourtant donné parmi les favoris. La troisième place sur le podium, elle, est revenue au jeune militaire britannique Tom Evans, qui réalise un temps de 20 heures 34.

Après ses premières victoires chamoniardes en 2008, 2009 et 2011, Jornet, agile comme un chamois, réalise ainsi son pari d’égaler le quadruplé record du Français François d’Haene, qui avait décidé cette année de faire l’impasse sur l’UTMB. « Quand tu finis un ultra, tu demandes tout le temps : « Mais pourquoi je fais ça !’’ », a-t-il déclaré après sa course.

La partie n’apparaissait pourtant pas gagnée d’avance pour Jornet puisque sa participation à la course avait été un temps mise en doute cette semaine suite un test positif au Covid-19. Après deux jours de suspense, elle n’avait été confirmée que vendredi midi, à quelques heures seulement du départ. Spécialiste de ski-alpinisme, d’alpinisme, d’ultra-trail et de course en montagne, Jornet est considéré comme l’un des plus grands coureurs à pied en montagne de tous les temps, il est parfois surnommé « l’extraterrestre du trail ». Sur les compétitions de ski alpinisme, il compte huit titres de champion du monde de la discipline. 

« Si les rêves restent des rêves, on ne saura jamais qui on est vraiment »

C’est à la fin du mois de février 2022 que Kilian Jornet avait annoncé son retour sur la plus célèbre des courses d’Ultra-Trail. « Si l’on n’essaie pas, si les rêves restent des rêves, on ne saura jamais qui on est vraiment », répète souvent Jornet. En 2008, lorsqu’il remporte son premier ultra-trail du Mont-Blanc, il n’a que 20 ans. Jusqu’alors, on croyait ces courses réservées à des quadragénaires. Jusqu’à l’âge de 13 ans et son entrée dans la filière ski alpinisme de Font-Romeu, Kilian Jornet vivait à près de 2 000 mètres d’altitude en Cerdagne. Son père était guide de haute montagne. 

« L’hiver, pour aller à l’école, avec ma sœur Naila, on faisait quinze kilomètres en ski de fond, a-t-il raconté dans les colonnes de Libération. Le soir, ma mère nous emmenait marcher sans lampe dans la forêt. Elle nous a fait comprendre qu’on fait partie de la nature, qu’on est animal parmi les animaux. » Ce fou des grands espaces montagnards connait parfaitement son univers. « La montagne, ce n’est pas que du soleil, des champs verts, des fleurs et des vaches. C’est aussi des roches, des orages, de la neige… On peut y mourir. »

L’arrivée des coureurs à Chamonix, qui s’est déroulée sous un soleil brillant, vient clore une semaine de trails de différents formats organisés au pied des cimes du massif du géant des Alpes sous l’égide du groupe UTMB Mont-Blanc. L’événement avait été endeuillé dans la nuit de lundi à mardi par la chute mortelle d’un traileur brésilien.