Réguler les jets privés: Recadré, le ministre des Transports ne ferme toutefois pas le débat et veut « un effort un peu plus grand » de « ceux qui polluent le plus »

Le ministre délégué aux Transports, Clément Beaune, recadré par son ministre de tutelle après avoir proposé de « réguler » les vols en jets privés, a défendu la nécessité d’ouvrir le débat au niveau européen pour favoriser les changements de comportements et éviter des mesures « démagogiques » comme une interdiction.

« Le sujet, (c’est) d’ouvrir ce débat au niveau européen de manière responsable et en évitant justement des mesures ou des idées démagos du type interdiction », comme le propose par exemple le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, Julien Bayou, a déclaré Clément Beaune jeudi sur France 2.

\ud83d\udde3“Ce n’est pas avec les jets privés ou une autre activité que l’on va réduire massivement les émissions. Je ne pense pas ça une seconde, je suis quelqu’un de responsable.“ affirme @CBeaune, ministre des Transports, à propos des rejets de CO2.

\u25b6 #Les4V @ThomasSotto pic.twitter.com/760OGEXSdU

— Info France 2 (@infofrance2) August 25, 2022

Cette question figure d’ores et déjà à l’ordre du jour de la prochaine réunion des ministres des Transports des Vingt-Sept, en octobre prochain, a-t-il souligné. « Je ne crois pas à l’interdiction générale (…), je crois à la responsabilité (…), je pense que les entreprises peuvent prendre des engagements et je pense qu’au niveau national et au niveau européen on peut réfléchir à des systèmes soit de taxation, soit de réglementation », a insisté Clément Beaune. Parmi les pistes envisageables, le ministre a évoqué « des mesures de transparence, de responsabilisation » pour surtout inciter au changement des comportements, éventuellement la mise en place de quotas carbone pour le secteur, ou encore l’idée soumise par l’eurodéputé Renaissance Pascal Canfin de faire en sorte que les jets privés soient obligatoirement zéro émission à partir de 2030. Dénonçant le discours contre « les méchantes entreprises (…), tel ou tel milliardaire, tel ou tel sportif, tel ou tel grand patron, qui polluent », Clément Beaune a assuré ne pas se résigner pour autant à « l’inaction », même motivée par « des intérêts, légitimes parfois, d'emploi ou économiques ».

« Symbolique, ce n’est pas anecdotique »

« Ce n’est pas avec les jets privés (…) qu’on va réduire massivement les émissions, je ne pense pas ça une seconde », a-t-il souligné. En revanche, « je suis convaincu que quand il y a une mobilisation générale, qu’on demande à chacune et chacun des Français de faire des efforts (…), il faut que ceux qui polluent le plus et qui ont le plus de moyens (…) fassent un effort un peu plus grand ».

Au-delà des mesures de transformation profonde, avec par exemple les investissements dans le ferroviaire, « il y a des mesures, je l’assume, celle-ci peut-être d’autres, qui sont symboliques », mais « symbolique ce n’est pas anecdotique », a-t-il défendu. La polémique a enflé ces dernières semaines autour des déplacements en jets privés de célébrités, pointées du doigt pour leur bilan carbone, notamment alimentée par des comptes Twitter suivant le trafic aérien.

Clément Beaune, qui a plaidé samedi dans Le Parisien pour une régulation des vols en jet privé, symbole à ses yeux « d’un effort à deux vitesses », a été recadré mardi par son ministre de tutelle, Christophe Béchu, chargé de la Transition écologique. « L’écologie, ce n’est pas le buzz. On peut parler des jets, piscines, des yachts, des golfs (…). Le sujet, pour les 68 millions d’habitants de ce pays, et plus largement les milliards d’habitants que nous sommes, c’est l’habitabilité de la planète », a déclaré Christophe Béchu sur BFMTV.

Moins directement, Emmanuel Macron a également désavoué son ancien conseiller lors d’une allocution en préambule au conseil de ministres de rentrée mercredi à l’Elysée, dont les premières minutes ont exceptionnellement été diffusées en direct. Le chef de l’Etat a appelé le gouvernement au « sérieux » et à la « crédibilité », sans céder à la démagogie, en plaidant pour une politique « efficace, utile et juste » même si « ça peut toujours sembler séduisant de dire ce que les gens veulent entendre ». Selon une source gouvernementale, ce message s’adressait principalement aux oppositions, tout en rappelant au gouvernement qu' »on veut une politique qui soit efficace. On ne veut pas des scalps ». Pour cette source, l’enjeu de la transition énergétique doit davantage passer par l’action que chaque Français peut mener au quotidien. Cette polémique, « on a passé trois jours dessus » et « en occupant le terrain par des sujets qui n’en sont pas, on n’occupe pas le terrain sur des sujets qui en sont », a observé cette source.