Tourisme : malgré un contexte plombant les professionnels ne lâchent rien dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales

S’il est un secteur d’activité qui tire l’économie de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, c’est bien le tourisme. Les deux années de Covid, les difficultés de recrutement, l’inflation galopante et le conflit géopolitique, ne ternissent pas les ambitions des professionnels à l’aube de la saison estivale. Ils ne lâchent rien.

Ils investissent, se réinventent, reconsidèrent leur politique RH (ressources humaines) … Tous sont unanimes, « la richesse patrimoniale, environnementale et culturelle, sont autant d’atouts que beaucoup nous envient « . Et si cette envie de réussir des dirigeants de l’hôtellerie-restauration, donnait « envie d’avoir envie » (selon une chanson populaire) et suscitait à nouveau des vocations ?

Une saison prometteuse

Les feux sont au vert pour cette saison 2022. Selon les professionnels du tourisme de l’Aude comme des Pyrénées-Orientales les taux d’occupation des sites d’hébergement de l’été 2022 sont bons. Présents majoritairement sur le littoral méditerranéen, les établissements 4 et 5 étoiles (hôtels, restaurants, spa) de Roussill’hôtel, le groupe hôtelier indépendant, affichent des taux de réservation qui « sont même légèrement supérieurs à ceux de 2019″, concède Xavier Lormand, directeur du comité de direction de Roussill’hôtel.

Même son de cloche du côté du groupe audois Cité hôtels (franchisé Accor, hôtels 4 et 5 étoiles) qui mise sur des sites patrimoniaux d’exception de Carcassonne à Figeac en passant par Toulouse. « Le taux d’occupation de nos lodgeboat (bateau-cabane, NDLR) atteindra plus de 80% en juin, juillet et août. Nous avons déjà des réservations pour septembre et octobre », indique Nathalie Hourlier, responsable marketing et communication du groupe Proméo (Sète) dont la filiale Alliance Plaisance a installé 32 lodgeboats à Gruissan.

Des investissements

À Banyuls-sur-mer, Brice Sannac a repris l’hôtel  Les Elmes en 2016 avec une ambition : « projeter l’établissement pour les 10 à 15 prochaines années « . « Cette évolution, qui s’est traduite par une politique d’investissement (près de 2 millions d’euros avec l’aide de la Région et de l’Europe, NDLR), était nécessaire pour nos clients mais aussi l’outil de travail. Nous avons créé trois nouvelles suites, un patio, un restaurant-grillades et un spa », explique le dirigeant (21 salariés permanents, 32 en saison, 33 chambres et suites).

Le groupe hôtelier Roussill’Hôtel vient d’achever un cycle de rénovation de ses établissements et poursuit ses investissements dans le but de « fidéliser notre clientèle en lui offrant des infrastructures et des prestations d’établissements de niveau international ». Le groupe a réalisé 4 millions d’euros de travaux de rénovation en s’appuyant sur des entreprises locales dans ses établissements de Canet-en-Roussillon (hôtel spa Les Flamants roses), d’Argelès, de Collioure, de Montpellier etc. Le groupe hôtelier va aussi accroître et diversifier ses capacités d’hébergements à Argelès en 2023 et à Saint-Cyprien en 2024 avec l’Ecovillage (79 villas bois).

Un renouvellement de l’offre

Situé sur l’étang du Grazel, face à la plage des Chaletsà Gruissan dans l’Aude, les lodgeboat constituent un nouveau mode d’hébergement (47 et 65 m2) propice à vivre une expérience inédite. « Si l’offre d’hébergement se veut atypique, nous l’avons agrémenté de nombreux services afin de satisfaire les attentes de nos clients. Il s’agit de services hôtelier-traiteurs et loisirs qui peuvent se commander à la réservation ou directement à bord du lodgeboat, explique-t-elle. Nous avons tissé des partenariats avec des acteurs locaux : restaurateurs, ostréiculteurs, viticulteurs, centre esthétique, coach sportif… Nous avons même établi un carnet de voyage qui propose la sélection du capitaine d’activités de loisirs thématisée : patrimoine local, sports, activités nautiques, œnologie… ».

Situé en bord de mer à Banyuls-sur-mer, l’hôtel spa Les Elmes élargit son offre. « Dans une semaine, nous ouvrons une plage privée écolo où les clients pourront aussi profiter des services de l’établissement : restauration, spa… Le plastique y est banni. Nous avons utilisé des matériaux naturels (bois) pour l’aménagement et misé sur le végétal », précise Brice Sannac.

Un secteur en reconstruction

« L’activité touristique de loisirs ou d’affaires repart malgré le contexte, nous sentons que les gens veulent prendre du bon temps. Nous manquons encore de visibilité et sommes néanmoins dans une phase de reconstruction, post Covid après les aides de l’État « , indique Hadrien Pujol, directeur général du groupe audois Cité Hôtels ( 5 établissements, 300 collaborateurs) qui copilote par ailleurs le groupe de travail du think tank Cœur d’Occitanie visant à développer l’économie audoise. Certains établissements ont amélioré leur produit. D’autres font un travail sur leurs équipes et utilisent le levier de la formation. Enfin, on sent que les efforts consentis dans le digital portent leurs fruits ».

Les professionnels du tourisme ont conscience des enjeux liés à la valorisation de leur métier. « Notre stratégie d’investissement visant à élargir l’expérience client s’est accompagnée d’une plus-value pour nos collaborateurs tant pour leur confort de travail que pour les fidéliser, souligne Brice Sannac. Nous avons internalisé le traitement du linge, rehaussé les hauteurs de lits pour réduire la pénibilité du travail de ménage. Nous utilisons aussi des produits d’entretien respectueux de l’environnement et pas nocifs pour la santé de nos salariés ». Chez Roussill’hôtel les collaborateurs ont pu se former à une activité complémentaire.

« Cela leur évite de tomber dans la routine et leur permet d’avoir une vision plus globale de l’établissement », complète Xavier Lormand. Et Hadrien Pujol de conclure : « s’il faut renforcer l’outil de formation en fonction des territoires, – il n’y a pas d’école de sommellerie dans l’Aude par exemple -, je suis convaincu qu’il y a des talents qui s’ignorent pour nos métiers ».