Un agriculteur, un village – Thomas Cambassédès, apiculteur à Ponteilla-Nyls : « C’est la nature qui dicte le rythme de travail »

La série « Un agriculteur, un village » dresse les portraits d’éleveurs, viticulteurs, maraîchers, arboriculteurs… Des femmes, des hommes, des familles attachés à leur terre, à leur exploitation, à leur production, à leur village. Ils racontent leur quotidien, leur histoire et celle d’une filière qui a connu de nombreuses (r)évolutions. Aujourd’hui, rencontre avec Thomas Cambassédès, apiculteur à Ponteilla-Nyls.

À l’entrée du chemin menant à la ferme, des panneaux en bois indiquent les distances de la Cerdagne, du Capcir, du Vallespir ou encore de la Provence. Des territoires sur lesquels les abeilles ouvrières, de race buckfast, apprécient de butiner pour remplir les alvéoles de leurs ruches où est stocké le miel. Car ici à La fermette de l’Aurion, on parle bien de miel de territoire et non de miel de lavande, d’acacia, de tilleul ou de châtaignier. « J’ai découpé le département selon les cantons administratifs, explique Thomas Cambassédès, l’apiculteur en chef devant une carte des P.-O. colorée en fonction des secteurs géographiques. Ce qu’il faut comprendre dans le miel, c’est son territoire, comme pour un vin. Ce sont le sol, le terroir, les fleurs qui vont déterminer le type de miel et lui donner ses caractéristiques », martèle l’ancien pompier de Paris qui, au profit d’une reconversion professionnelle, a découvert l’univers des abeilles. Un monde où, à l’image d’une ruche, il construit inlassablement, au jour le jour, au fil des mois et des années, sa propre expérience, n’hésitant pas à s’appuyer sur celles des autres apiculteurs. « On ne peut pas tout apprendre en même temps et il est important de connaître les autres professionnels, d’avoir des référents, d’aller vers eux. D’anticiper aussi »

Mais, dans cet univers parfois impitoyable, le premier « patron », ce n’est ni l’apiculteur ni la reine, mais bien la nature : « C’est elle qui dicte le rythme de travail et elle ne nous laisse pas trop le choix ». En général, la récolte s’élève entre 15 et 25 kg de miel par ruche, « mais cette année, à cause du temps, ce sera plutôt 10 kg. Être apiculteur, c’est un peu comme si on jouait au loto. Même si moi je n’aime pas perdre ! ».

« En juin, on transhume en Provence »

Le gros de l’activité se fait d’avril à septembre, période au cours de laquelle ses 400 ruches, abritant chacune quelque 50 000 abeilles, vont transhumer sur une vingtaine de sites différents dans les P.-O. et au milieu des lavandes en Provence. « Chaque ruche est déplacée trois fois dans l’année. Elles sont dans la plaine entre janvier et mars parce que c’est là où il fait le plus chaud. Puis, on récolte le miel, on pose des cadres vides et on les installe dans des secteurs en montagne. En juin, on transhume en Povence ».

Le miel est directement mis en pot à la ferme. Une petite partie est distillée pour faire de l’alcool de miel, à 7°. « J’avais envie d’essayer autre chose. Nous avons présenté une bouteille, baptisée Clandestine, à un concours en Pologne en 2022 et avons reçu une médaille Mead madness cup. Il avait déjà eu une médaille coup de cœur au concours des miels de France 2021. Nous avons aussi pour projet de développer l’accueil à la ferme pour montrer le monde des abeilles, expliquer l’intérêt qu’elles et les insectes pollinisateurs ont dans l’environnement. Et pour que venir à la ferme soit aussi une sortie éducative ».